Ouf.

Ouf.
Repos/lumière/calme/neige.

# Online seit Montag, 20. März, 2006 um 03:38

Etoiles. (Vol. I)

Etoiles. (Vol. I)
Il y a un type, à ma droite, juste un peu en retrait. Plutôt élégant, il ne dit rien. Je ne le connais pas, je sais simplement qu'il va passer les trois prochaines heures à ne s'occuper que de mon pain. Cela me satisfait. Tout à l'heure, il hotté une serviette pliée avec un revers, découvrant une petite assiette au liseré doré; il y a donc placé un petit pain, du bout d'une pincette argentée, avec un de ces gestes presque liquide et dans un silence parfait. Je ne le vois pas, mais je sais qu'il veille, et que toute son énergie psychique est concentrée sur l'anticipation de mon mouvement qui peut-être rompra un quignon.

Dans ce restaurant, les tables sont espacées d'au moins quatre mètres; j'ai souhaité garder mon cartable auprès de moi, pour lui donner de la valeur. Un petit meuble d'appoint a été mis à ma disposition, à mes cotés, sans un mot, ce qui me fait penser que ça y est, ce cartable a pris de la valeur, et que je suis résolument dans un restaurant ou les cartables ont leurs portes-cartables. Je prends un air entendu qui me va comme un gant, de ces sourires d'élu qui signifie à la fois merde et mes hommages madame.

Madame est d'ailleurs à ma droite, elle sourit insensiblement, mais presque mieux que moi, c'est l'expérience, probablement. La cinquantaine, du genre de ces femmes qui ont connu les apprentissages du port de tête, des manières de saisir un verre, des mains posées sur les genoux – ce qui est impoli en Occident. Et qui sait très bien que les couverts s'utilisent de l'extérieur vers l'intérieur. Son dos ne touche pas le dossier du fauteuil, et il y a quelque chose de victorien dans la rectitude de sa posture. Si elle est à ma droite, c'est qu'on a considéré que j'étais l'invité – ce qui rassure un peu mon découvert.

J'ai face à moi une jeune femme qui a entre douze et quarante-deux ans. Elle ne vit pas à Kyoto et c'est tout ce que je saurai d'elle durant tout ce dîner. Elle a ce petit geste d'inclinaison de la tête à chaque fois que son tuteur, à sa droite – à ma gauche, donc - lui dira quelques mots que je devine comme des petites autorisations successives. Elle a un visage qui me rappelle que les Occidentaux ne peuvent rien comprendre au Japon, tant qu'ils n'ont pas vu une Japonaise manger une crème brûlée de foie gras avec une petite cuillère à moka, et qui sera bien entendue servie en amuse-bouche. Et nous nous en amuserons volontiers la bouche.

A ma gauche, notre hôte déploie sa stratégie arachnéïde de faux timide caché derrière une diplomatie toute orientale. Sans âge lui non plus, il parle à voix basse. Il a ce chic des étrangers à prononcer les noms de Barthes et Michel Serres, avec un petit roulement sur le R qui donne à ses paroles une dimension curieusement méridionale. Il est d'ailleurs le seul à parler un peu le français, ce qui lui donne la position de pivot, comme au hand-ball. Il y a dans ce genre de restaurant tout un code du micro-événement. Des petits acquiescements de la tête, des signes de la main, des petits sourires pincés pour remercier, pour commander, ou pour donner le signe de départ des conversations ou des rituels du service. Début de match.

Je commence par remercier notre hôte de son invitation, et assure Madame qu'il est probablement le meilleur guide pour connaître Paris en quelques heures. Il s'en excuse – étrange politesse japonaise pour laquelle la modestie en devient prétentieuse. Il faut choisir ce que nous mangerons, et Madame indique en me regardant qu'il m'incombe maintenant de donner des indices sur le luxe culinaire français. Des cartes immenses nous sont apportées, par quatre personnes qui nous les apportent de manière synchronisée. Le service fait l'effet un peu désuet de ces spectacles de natation synchronisée, où des jeunes filles souriantes et en apnée, gracieuses dans leur état de noyade juste rattrapée, simulent un ordre totalement naturel et détendu.

Notre hôte indique de son menton qui choisira les vins. On me tend une sorte de petit livre, où des châteaux correspondent à des francs. Le sommelier, du genre trapu aux cheveux ras, qui dénote un peu dans cette ambiance raffinée, me rappelle que Dionysos, dieu du vin, a toujours été représenté comme un personnage un peu ingrat et volontiers turbulent. Je repense alors au Gabinetto Segreto du musée archéologique de Naples, où sont exposés divers objets et statue érotiques de Bachus, de Pan et de satyres, qui sont autant de variations de l'esprit du vin et de l'ivresse, et dont le sommelier de ce restaurant constitue le residu. Avec lui, je parle français ; il a bien compris l'enjeu du choix. Des vins facilement reconnaissables, un peu éloquents, et plutôt chers.Je remarque les prix sont finalement exprimés en euros. Ca tombe bien. Je propose le Chassagne-Montrachet, qui fait surprise car c'est un blanc. Madame est quasi religieuse devant le choix du vin : We should taste both, white and red. Alors prenons également ce Saint-Joseph, qui roucoulera avec la viande rouge. Quatre-vingt douze euros? Pas donné le Saint-Joseph, mais bien rendu.

Un fifre vient présenter la bouteille de Chassagne. Je lui indique sans rien dire qu'il la présente à tous les convives. Il nage autour de la table. La jeune fille approuve, elle est parfaite dans son rôle de simulatrice; notre hôte demande où se trouve la région. This is the holy road in the south of Beaune, the côte de beaune, where you can find the most beautiful collection of wines. On sert. On hume, on me regarde. J'improvise. First, you can smell butter on bread, very smoothly, so that, you can find white flowers. And then, there are reduction arums of roasted nuts. Le sommelier complète. Un vin assez gras, et qui vous emmènera très loin pour les trois premiers plats du menu. Effectivement, je sens que ça part très loin.

# Online seit Freitag, 03. März, 2006 um 06:39

Geändert am Freitag, 01. Juni, 2007 um 06:38

Le crépuscule des Dieux.

Le crépuscule des Dieux.
Entracte. Les gens sortent, lentement; ils partagent en silence ce qui vient de les unir à jamais. L'opéra est ainsi fait que tous ceux qui connaissent exactement le fil de l'histoire n'en sont pas pour autant protégés, ils rejouent le même cycle d'arrachement et de fusion. Tosca est morte cent fois. Iseult remeurt. Et encore.

Les fauteuils se rabattent dans un son étouffé, les jambes se déplient, on se tient la porte d'un air entendu. Et on attend toujours un peu avant de reparler à voix haute. Comme quand on sort d'un lieu sacré. A moins que ça ne soit pour tenter d'emporter un peu avec soi de cette gravité tragique. Je titube un peu, je me dresse et je vois, en contrebas de la balustrade, au parterre, les travées et les sièges qui glissent comme un liquide.

Au quatrième étage du Châtelet, une petite galerie est aménagée pour accueillir les spectateurs des portes 17 à 19, l'amphithéâtre bas, celui auquel on accède par un curieux petit escalier en colimaçon. Pour les longs spectacles, comme ce Götterdämmerungen, qui s'étend sur plus de six heures, la galerie fait salon, antichambre des aises pour ceux qui s'adonnent à Wagner. Cette galerie est en fait un studio de danse, avec de grandes glaces qui démultiplient l'espace. Un parquet qui craque, de grands rideaux de velours qui occultent partiellement d'immenses fenêtres. Deux sont ouvertes sur un large balcon, et donnent sur la place du Châtelet.

L'air mouillé de Paris glisse vers moi, je sors sur la terrasse. Une vibration continue de bruits et de lumières m'enveloppe. Je sens l'air froid et sucré de Paris. La nuit est jaune, le Seine grise. Les péniches à quai ondulent, les quais sont encombrés, comme à toute heure. Plus loin, la Tour Saint Jacques est couverte d'un échafaudage noir, et occulte la rue de Rivoli. Un tube dépasse, c'est Beaubourg; et puis après, Sébastopol. Une file de parapluies attend à une station de taxi. L'escalier du métro tourne dans le vide. Les pavés luisants sont comme les écailles du serpent Paris. Et puis devant moi, l'autre théâtre. L'ancien "Sarah Bernard", devenu "Théâtre de la ville" par le biais d'un incendie, et la brasserie qui le prolonge - et qui lui a dérobé son nom - avec sa grande véranda illuminée sur le boulevard Victoria. Les gens mangent; ils boivent. Paris est une ville où les gens mangent et boivent. Ils se relaient dans une grande permanence du manger et du boire. Et ils recommencent à nouveau. Comme un opéra, un grand cycle où on renaît et on remeurt. Je suis un peu mouillé, je rentre chez Wagner.

La galerie s'est remplie, plusieurs petits comptoirs à l'anglaise sont disposés aux angles de cette grande salle. Les gens s'y massent doucement, parlent entre deux tons. Une verre de chardonnay, un macaron à la violette. Des petites mousses aux légumes. Les gens mangent et boivent. Les wagnériens sont plutôt élégants, même au troisième balcon. Il y a ce grand type, sans âge, le regard d'épouvante qui est en train de remourrir aussi. Le petit vieux, qui relit le livret, encore. Et puis aussi quelques lettreux et khâgneux, eux, ils analysent, ils décryptent. Et puis les Japonais, ils sont toujours là; ils connaissent mieux que quiconque la parisianité. Un son de cor résonne. Deux instrumentistes jouent en bas, dans le grand hall, ils sonnent la fin de l'entracte, avec le thème de Siegfried. Comme des chiens de meute, tout le monde regagne sa place. C'est l'acte deux.

# Online seit Donnerstag, 16. Februar, 2006 um 04:55

Geändert am Donnerstag, 16. Februar, 2006 um 05:19

Non lieux.

Non lieux.
Le comble de l'apothéose pour un rédacteur de blog! Quelqu'un a essayé de se logger avec mon pseudo pour accéder à mon blog! Mon petit jeu ans importance vient de produire le piège le plus machiavélique du monde; à jouer le personnage mi-schizo mi-Jeckyll, mi-Hyde (ca fait trois demis, c'est copieux comme amour propre!), la scénarisation de votre vie, mode d'emploi a fait sa première victime. Happer un lecteur, et le transformer en une expérience de laboratoire.

A force de creuser les ornières pour guider les âmes errantes, un fantome s'est trouvé pris. Il s'est d'abord laissé amuser par l'histoire loufoque, mi fiction, mi réalité, de ce personnage ténébreux, hanteur de cimetière, double dédoublé de l'image de moi-même, cette histoire d'appartement parisien - curieusement laissé entre-ouvert comme une souricière. L'attrape nigaud absolu. Tellement léger qu'il en a paru inoffensif.

Et puis clac! Le piège se referme. Il se reconnait. C'est donc bien de lui qu'il s'agit. Par effet miroir, il se dit que c'est pas possible, ce blog écrit ma propre histoire à rebours, mon anti-biographie, et ce personnage, qu'on ne saisit que par la bande, c'est bien lui/moi. Mais alors, tout est écrit. Et chaque matin, il devra lire, afin de savoir ce que sa propre histoire lui réserve. Avec l'angoisse de ne plus s'y reconnaître. L'angoisse du lecteur qui, dans le roman de sa vie, voit arriver la fin du livre. La fin de blog. En un clic, je te désactive. Tu n'as d'ailleurs jamais eu lieu. Tu es un non-lieu. Ton affaire est classée. Mais par cette dépendance, tu deviens objet du blog, et tu abandonnes donc ta propre subjectivité, tu es mon verbe, je te tiens, je te ponctue. Point final. Point de suspension. Non, interrogation, essentiellement pour toi.

Or, dans un geste inespéré, tu as essayé de te logger en mon nom et place, sur la page d'accueil de tous les blogs de Sky. C'était probablement ta seule issue, renverser le jeu, briser le miroir. Mais tu as echoué, car la plateforme m'a envoyé un mail, me disant que j'avais demandé à nouveau mon mot de passe. Qui est en fait un peu ton mot de passe, celui qui te tient. La fil de ta vie. Tu veux récupérer ta propre vie? Quelle prétention!

La logique du blog devra donc se refermer sur elle-même. Tu sera comdamné par le jury populaire des commentaires. Ton sort sera déterminé par la vindicte blogulaire. J'appelle donc toutes les personnes qui un jour ont érré quelques minutes chez Drosophile, afin de juger le destin de notre impétrant. Mort ou vif, électroniquement; ce qui est bien pire, car c'est une mort qui ne te laisserait même pas le ressenti de la chair. L'hyper-mort n'est pas une belle mort. Elle sourit à ceux dont le drame est préalablement écrit. Seules les victimes se reconnaissent en tant que telles, les vrais malfrats s'en sortent toujours. La victimalité est ce sentiment qui collent à la peau de ceux qui se jugent comme tels, un jugement sans appel, de ceux qui font biper les portails électroniques, même lorsque l'on a rien volé, et qui vous suivent éternellement.

Cher ami, ton destin est lié à ce blog. Je te souhaite que les humeurs ambiantes soient à la cool comme on dit. Et toi qui va laisser un commentaire, sois sans pitié, plus tu es sévère, plus tu bénéficies d'un surcis qui t'éloigne de ta propre disparition bloguesque. Après tout, les tyrans et les assassins ont leur raisons. On dit du Docteur Petiau qu'il aimait les chats et qu'il était pensait toujours aux anniversaires.

# Online seit Montag, 02. Januar, 2006 um 11:26

Geändert am Dienstag, 03. Januar, 2006 um 04:26