Depuis notre arrivée, nous nous surprenons à tenter de reconstituer la vie et la personnalité de la propriétaire des lieux. Une femme, nous le savions par la voix au téléphone. La quarantaine - je la pensais plus âgée, il y eu débat entre nous. Un horoscope chinois dans les toilettes a tranché ; 63 ou 71 pour la date de naissance. Pas de trace masculine en tout cas dans cette maison. Pas d'enfant non plus malgré des dessins sur le frigo. En haut des escaliers, donc, une grande pièce qui ouvre sur une cuisine américaine - dont je me demande d'où en vient l'expression. Belle hauteur sous le plafond comme on dit dans les annonces, une vielle table de ferme, longue - on dîne à douze. Une feme sociable, ou qui le voudrait.
Un veux canapé provençal fait office de banc, quelques magazines de décoration, le programmes de rencontres de la photo. Un Géo sur la Provence, comme jeté négligemment dans une vasque en moustiers, d'un geste parfaitement programmé. A gauche, un salon très lumineux, où trône une table, avec un grand plateau marocain en métal martelé. des bougies et petites lanternes propices aux évaporations de fin de repas. Une grande méridienne, dont le confort est surtout visuel, un drap de lin jeté de manière magazine. Un canapé couvert d'un autre drap couleur corde, une moustiquaire donne un côté baldaquin, quelques coussins en bayadère. Un drapé baroque et un ton sur ton qui exclut toute spontanéité.
Une terrasse, orientée nord, pour contourner le soleil, de grandes jarres avec des bambous. Un olivier. Et curieusement un petit saule, et ses feuilles incertaines. Un table en teck, et deux fauteuils - le débat sur les hommes de la maison rebondit. Au dessus des canapés, la mezzanine, avec un piano, dont je découvrirai qu'il n'en est pas eu. Et au fond, par une ouverture en pierre, fermée d'un simple rideau - elle vit donc seule - la petite chambre sous les combles, avec cette fenêtre d'où l'on voit les arènes, les toits d'Arles, le clocher Saint Trophime.
Le soir, les bruits étouffés de la rue. La chaleur passée, on arrose le bambou, on sent la pierre chaude sous les pieds, les odeurs des restaurants de la rue.

