Cannes, déjà un excès. En soi. Beaucoup trop de palmiers, de bateaux, de gens semi nus, et de gens très habillés. Probablement un quiproquo historique entre un petit port de pêcheur et un flux migratoire estival qui enfle la ville de cent fois son volume initial. Une ville érectile. Enflure symbolique aussi. Un festival permanent. Exponentiel et permanent. Et dont la partie immobilière n'est qu'une vague promesse d'une emphase bien plus importante, et qui a lieu partout et tout le temps.
Un restaurant, sur la plage qui borde la Croisette, face aux grands hôtels. Des plateformes qui s'avancent dans la mer avec arrogance. C'est le 14 juillet, qui ici prend une tournure particulière, et dont les menus spéciaux, les physionomistes et les cordons de file d'attente assurent la dramaturgie.
Par une passerelle empruntée à un yatch, on accède à un pont de teck, qui permet aux talons d'éviter l'embarras du sable. De grandes tables, des nappes. Peut-etre une centaine de tables, dont certaines directement sur la plage. De petit meubles d'appoint pour poser quelques sacs. Un chef de rang nous place, et nous confie à deux jeunes femmes vêtues de lin blanc, les pieds nus, et l'esprit insouciant. Des mises en bouche, des copeaux de foie gras à la glace au muscat. Des vins blancs de Provence raffraîchis dans de grandes vasques.
Puis quelques pétards. Une voie annonce la Marseillaise. Et là tout le monde se dresse pour entonner l'hymne national. On se lèvre donc, nous aussi, presque étonnés. La dernière fois, ce devait être en 93. C'était mon service militaire.