Choisir un porcelet. Replet, mais non gras. Lui ôter un roti dans le filet - on pendra soin de lever les flanches façon parisienne, coupant dans le sens de la fibre. Disposer le roti sur une planche de bois épaisse. Le oindre d'une huile d'olive marinée de romarin et de safran. Eviter le sel, cela facherait le bestiau. Le traverser de part en part, dans sa longueur, à laide d'une lame fine d'un couteau français. Dans cette entaille, placer quelques feuilles de laurier. Fraîches, il va sans dire. Un citron pour agacer le dessus, mais sans excès. Puis attendre un instant, à regarder la chair nue. (Boire un peu de Saint-Peray n'est alors pas absurde.)
Préchauffer un four, de préférence à gaz, car, on le sait bien, sa combustion produit de la vapeur d'eau, que l'électricité omet dans son empressement. Thermostat cinq - cent cinquante degrés pour les khagneux.
Par ailleurs, porter du lait à ébullition.
Dans une cocotte en fonte, de type Staub - toute autre gamelle est proscrite - placer quelques aulx. Reboire un peu de Saint-Péray en expliquant l'étymologie du pluriel du mot ail. Un double trait d'huile d'olive - la même - sur la fonte. Un demi oignon en émincé, finement tranché par une lame dont la pointe ne décolle pas de la planche, dans ce geste ancestral du coupé de légume. Un légume s'écoute, le couper est un hommage, un respect. Rester un instant à vérifier les cercles concentriques de l'oignon. Un mot d'esprit sur la structure cosmique de l'oignon passera sur le dos du Saint-Peray.
Quand la font est vive, y dorer le roti, le retournant afin de rosir l'ensemble, recto verso, façon côte d'azur. A feux soutenu, arroser sociologiquement de Saint-Peray, afin de libérer le prétexte de boire le reste - trois fois rien. Décider que ce déjeuner se présente bien. S'en féliciter. Baisser le feux, verser un demi verre d'eau dans la cocotte, le bruit de cuisson cesse aussitôt. Immerger une gouse d'ail entière. Du rose. Couvrir. Oublier l'ensemble. Y revenir. Une demi heure avant la fin, placer quelques rattes, ou petites grenailles de Ré (l'ïle).
Jeter le lait (simple diversion.)
Ebouillanter des pois gourmands, dans une eau non salée. Quatre minutes. Puis, cesser de tergiverser, servir et manger.