ON AIR!

ON AIR!
Du fait des travaux, le grand hall de la maison de la radio est impraticable, et les studios ont été déménagés avenue du général Mangin, dans un bâtiment qui jouxte la maison ronde et la ligne du RER. Google Maps est formel, vous prendrez la sortie de gauche, sur l'avenue, pour sept minutes à pied.

Il s'agit en fait plutôt d'une ruelle, qui pousse jusqu'aux quais. Les projecteurs des bateaux mouches éclairent un bref instant la façade. L'entrée ressemble à une des ces résidences avec services que les Brésiliens appellent les condo, et qui enferment généralement des personnes plutôt âgées et de l'air franchement climatisé. Un vrai style Pierre Paulin, début soixante-dix, avec des reposoirs et des fosses de conversations ; du marron, du orange ; un homme avec une oreillette reliée à rien me scanne de haut en bas, pelote mon cartable, m'indique du menton un portique qui ne détecte rien non plus. Deux hôtesses très bien coiffées gloussent derrière un zinc en altuglass, elles me disent qu'elle vont m'introduire, mais qu'il faudra me badger avant. Elle m'invite à m'asseoir quelques instants dans un canapé mangeur d'homme d'où l'on ne ressort jamais. Derrière, la climatisation respire doucement. Sur une table basse en Reflon jaune, des revues de dentistologie sont disposées en vrac.

Arrive un homme en manteau noir, l'air de rien, c'est le psychanalyste. Le troisième invité est en fait déjà là, dans le canapé, je ne vois que ses genoux ; chercheur, businessman, il nous soulage de la position du méchant dans le débat de ce soir, et nous permettra le psy et moi de feindre le simple commentaire. Une glousseuse nous emmène. L'ascenseur. Le psy brise le silence. Donc vous êtes sociologue ? Ah, non moi, je suis l'administrateur du site de rencontre. Mais nous nous sommes rencontrés aux 20 ans de Médiamétrie. Vous aviez commenté nos résultats, j'étais directeur d'étude à l'époque. Ah oui, c'est exact. Les portes soupirent, sixième étage.

En fait, c'est moi le sociologue. Vous savez, le sociologue, c'est toujours celui qui ne dit rien dans les ascenseurs. En fait, c'est toujours le plus suspect... Sourire. Oh, vous savez, chez nous les psy, le silence on connait bien. C'est un peu notre matière première.

D'autres canapés, et Jacques Attali, qui parle tout doucement au creux de sa main. Bonjour, je suis la réalisatrice, merci d'être là, si voulez bien me suivre...

# Online seit Freitag, 25. Januar, 2008 um 04:52

Congé payé.

Congé payé.
On m'a prévenu, on y accède par le rue de la Malouine, de la quelle on ne voit rien de prime abord. Un escalier abrupte plonge par après entre les aloès. Un jeu de niveaux croisés permet de se croire un instant au rez-de-chaussée, on entre en fait par le première étage, de telle sorte que l'on est immédiatement introduit dans une sorte de véranda, pourtant de plain pied, et que les gens de la maison appelle la salle du déjeuner.

Sur le zinc de l'entrée, un petit plateau rassemble les clés, et des messages sont pliés comme des papiers de discrétion. Personne n'est là, mais c'est ouvert, et on est comme déjà chez soi. Ca n'est pas vraiment un hôtel. Je déteste ce mot dit même celui qui hante la maison, comme pour laisser sa trace en lieu et place d'une famille qui n'est pas la sienne. Nous fermerons cette année le dernier week-end de septembre, c'est pourtant si beau à ce moment-là. Le chemin de douaniers laisse entrevoir des tourelles, des jardins suspendus et des extravagances. Toutes les maisons de Dinard ont cette espèce de regret, des maisons folles, accrochées à la falaise, et stoppée par la guerre.

La pension n'a que six chambres, celle de la Reine Hortense compte double. On y accède par un escalier en colimaçon ; une salle de bain donne côté plage, avec le petit balcon qu'on voit déjà sur les vieilles photographies. Avec cette baignoire en argent, que je pensais plus grande – mais les gens étaient plus petits à cette époque. Décidément, le maître de maison a réponse à tout. En argent, quelle idée. Ca sonne comme un luxe de pauvre. En redescendant, je remarque que la grande pièce oblige les pensionnaires à la rencontre. Quelques tables sont dressées, des causeuses, des méridiennes et quelques meubles étranges dont le XIXème siècle gardera le secret.

Ce qu'on me présente comme la fierté de la maison – la vue sur la baie – me semble être assez banal. Une plage reste une plage, même à ce prix ; les gens continuent d'y hurler. Un grand balcon toise les baigneurs, je sens l'air tiède et salé qui m'enveloppe,je prends une photo. Alors que les fenêtres côté cour respirent l'ombre humide des plantes grasses.

Vous avez beaucoup de chance, habituellement nous ne louons jamais à ce prix là – ce valais va finir par me perdre comme client, il est son plus mauvais employé.

(Billet de sept. 06)

# Online seit Freitag, 04. Januar, 2008 um 20:01

Geändert am Freitag, 04. Januar, 2008 um 20:14

Defense.

Defense.
"Si tu considères un axe longitudinal entre la grande arche et la sortie du métro, moi je suis plutôt encore du côté métro, mais je remontes vers toi, sur cet axe là. Tu devrais me voir dans pas longtemps.
- Bien, alors oui, c'est çà, tu es au milieu, disons au centre de la place. C'est bien çà?
- C'est çà. Mais il y a des espèces de dégradé, des nivellements. Je suis à hauteur de la tour AXA.
- Non, je ne la vois pas. Moi je suis arrivé par le RER. Donc, plutôt côté grande arche. Est-ce que tu vois cette espèce de sculpture rouge, un grand tube rouge?
- Non, attends. Non, pas encore. Attends, je marche encore un peu.
- Il y a un manège, là.
- ...
- Bon, maintenant , je vois la tour AXA.
- Parfais, j'y suis, je l'ai même dépassée. Ah, c'est y est, je te vois. Bon, je te rejoins, là où on va, c'est plus de ton côté."

Je raccroche. Pour se retrouver à la Défense, on est obligé de mobiliser de vieilles stratégies de chasseurs, renifler les crottes des rennes, lire les feuilles, repérer les hauteurs, sentir sous le vent.
Nous arrivons au pied d'une tour dont l'entrée semble ridicule par rapport à sa hauteur. Des fauteuils cubiques, où l'on s'enfonce pour toujours; un curieux végétal, posé là, sur une table en verre, pour notre confort très certainement. Et un homme avec une oreillette, qui préfère se taire. Des gens passent, ouvrent des tourniquets avec des badges.

Puis une jeune femme vient vers nous, il faudrait se lever. Dans l'ascenseur, Michel demande si toute la tour est habitée par D****. Oui, presque trois mille personnes. Vingt-septième étage. "Au dessus, il n' y a que les salons et le restaurant." La taille d'une petite ville, et pourtant pas un bruit. Un couloir moquetté, des vitres sérigraphiées, une femme qui marche sans bruit, des gens qui se taisent au téléphone. Des lecteurs de badges. Et des regards à notre passage. On nous introduit. Un homme nous accueille, son bureau est une abstraction, un clavier, la photo d'un enfant. Le mur est une vitre d'un seul tenant, nous voyons d'ici tout Paris, et la partie Ouest de l'Ile de France, est toute modestie. La Seine qui fait cette courbe, qu'on ne voit d'habitude que d'avion.
- "Et au milieu coule une rivière, dit Michel.
- Oui, vous savez, ma vraie passion est la chasse à la mouche. Voyez-vous, quand on entre dans l'eau, il faut savoir soulever les pierres. Regarder les larves. Déduire l'écosystème. La pèche elle-même n'est qu'une partie pour ainsi dire mineure de l'ensemble."
- Bien entendu.

# Online seit Samstag, 15. Dezember, 2007 um 18:14

Geändert am Samstag, 15. Dezember, 2007 um 18:28

Passagietta

Passagietta
Jorge Luis Borges et Octavio Paz, se promenent Calle Biente, dans la zona rossa de México Cuidad. De cette rencontre naîtra la ville de Bahia, dont on connait encore aujourd'hui le collège jésuite et l'école libre-versiste de poésie concrète.

" L'un des arts divinatoires que je connais, beaucoup plus puissant que ceux qui utilisent le dialogue des astres, l'ordre des osselets, le feu, n'importe quelle page d'un livre ou l'ombre du feu, déduit le destin d'un homme de la position de ses épaules par rapport à un bâton." MVD, Une histoire du temple d'Ephèse, P. 49.

# Online seit Montag, 03. Dezember, 2007 um 05:24

GB

GB
L'Être ne se voit pas.
Peut-être s'écoule-t-il.
L'Être ne se dessine pas. Il n'est pas bordé par le néant.


Gaston Bachelard, Poétique de l'espace.

# Online seit Montag, 03. Dezember, 2007 um 05:14