Bueno.

Bueno.
C'est un des vieux hôtels chic en proximité de la zocalo, le Gran Hotel de la Ciudad de México , un de ces établissements à la fois luxueux et un peu patrac, - comme peuvent l'être les villes coloniales d'Amérique latine - ; l'entrée est monumentale, un escalier donne sur un grand hall, où l'on est immédiatement saisi par le volume, et comme aspiré vers les quatre étages découverts par des coursives. Un style grand style, disons Art Nouveau, une verrière immense a été calquée sur celle de la Samaritaine à Paris - on aura donc voulu nous faire plaisir.
Etrangement ce hall est vide, il est peu avant minuit, les lumières sont baissées par pudeur - peut-être par économie. Une jeune femme fort apprêtée nous parle dans le fameux anglais de Vera Cruz, un homme est là, à ses côté, il opine. Une deuxième équipe s'empare des bagages, et charge ce charriot très chic, à portique, que je vois parfois à Montparnasse. Voila qu'on emprunte un ascenseur d'apparat - puis qu'on nous indiquera par la suite qu'il est préférable d'en utiliser d'autres, qui me feront également penser à Montparnasse. Je remarque des petites vasques en métal brillant, de part et d'autres de la porte. Michaël les voit aussi ; ils sont remplis de sable fin, lissé en cake bombé comme on dit chez L'Oréal cosmetique à propos des blush, et ils sont marqués de l'emblème de l'hôtel comme d'autres impriment leur pied sur le sable de Zipolite.
Demain, je prendrai un photo, de Michaël regardant dans le hall, sous la lumière filtrée de la verrière, pensant comme moi qu'il était vraiment préférable que nous soyons là.

# Posté le samedi 01 décembre 2007 18:02

Rock is dead.

Rock is dead.
Sur AeroMéxico, les Boeing 727 sont équipés de petits écrans à chaque place - y compris les places en tarif économique - sur lequels ont joue au Tetris, on regarde Harry Potter 2, Ocean Eleven, on suit le parcours de vol, ainsi que toutes sortes d'options qui échouent à tuer le temps, mais qui réussissent à nous donner un bon panel de la culture populaire internationale.

Avec une petite manette genre playstation, je fait défiler le catalogue de films. Je choisis Potter en japonais. Et puis je décide de me repasser les instructions de sécurité, je mets en boucle le moment ou les masques à oxygène tombent à portée de main, et l'épisode de l'amerrissage. Tiens, de la musique. Etonnant, Hunky Dorie de Bowie! Et un Léonard Cohen.

Qui a bien pu décider du catalogue? Je me rend compte que la puissance subversive de Bowie vient d'être phagocytée par le fait même d'être diffusée. Cet album date des débuts des années 70. Il rejoint là le Velvet, notamment le jour où je les ai entendus en bande sonore d'un film publicitaire de France Télécom. Finalement tout est rock. On est tous rock. Les jeunes sont rock, mais les vieux aussi. Les patrons sont rock - le président de Virgin est rock, Steeve Jobs aussi. Même les politiques français le sont.

J'aurai du demander un billet Air France. J'aurai eu un mauvais film, qui m 'aurait permis de me plaindre, et de me rejouir de l'existence, ailleurs, dans l'underground, de bons films, et de bonne musique qui vomissent les lâches et les tièdes. Et au lieu de ça, je constate la disparition de la figure du rebelle, par le généralisation de la figure du rebelle. Fuck!

# Posté le samedi 01 décembre 2007 17:37

Piperonni

Dans la grande pharmacie de la place Gambetta, à Paris, on peut acheter des pizzas.

Un congélateurs à été disposé à droite de l'entrée, du côté des cosmétiques et des produits de beauté. L' appareil à mesurer la tension artérielle fait une sorte de transition, et le congélateur en question est estampillé Kot, une marque de produit diététiques. Ceci dit, comme la pharmacie est ouverte jusqu'à 22 heures, ça peut rendre service.
Cette pharmacie avait déjà senti tourner le marché, un premier comptoir sur la gauche ne sert qu'à encaisser les produits para pharmaceutiques, délivrés sans ordonnance, par des personnels non pharmaciens.
Ce qui me rappelle immédiatement la pharmacie de Cholula, au Mexique, où l'on trouve aussi des cigarettes.

# Posté le samedi 01 décembre 2007 17:16

Nietzsche et le bus.

Nietzsche et le bus.
Xu est Chinois, ingénieur en informatique et thésard en sociologie; ceci fait de lui un personnage de lisière. Mais ce qui le rend plus attachant encore est son rapport charnel à la philosophie française, et sa manière de répéter deux fois Deleuze Deleuze.

Dans le petit bureau de la rue des Saints-Pères, il est arrivé avec quarante cinq minutes de retard, souriant ou abattu, je ne saurai le dire, tant son sourire et sa cordialité enveloppent son corps tout entier. Mais il me dit tout de suite que son projet de thèse porte sur la pensée primitive et l'internet; car l'imaginaire technologique contemporain est traversé de l'image de la mort, et d'une grande puissance érotique et animiste. Son travail sera donc organisé en deux parties, dont la première est probablement un essai sur l'idée de la mort. La seconde partie n'existera peut-être pas. Alors il me parle d'un auteur dont je ne saurai qu'en sortant de l'entretien qu'il s'agissait de Baudrillard - j'avais compris Bachelard, en opinant d'un air entendu. Xu est venu en France, il a lu Bergson en français, et il a décidé d'apprendre le français.

Plus tard, chez moi, en regardant le parquet, je me rendrai compte qu'on devrait tous rencontrer un Chinois, et l'écouter parler.

Parfois dans le bus, Xu pleure en lisant la Naissance de la tragédie de Nietzsche.

# Posté le dimanche 28 octobre 2007 18:16

CH

"De mon bureau, par la fenêtre, au labo, je vois des renards." AK, 5 octobre 07, Paris, Boulevard Raspail.

# Posté le vendredi 05 octobre 2007 10:51